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La question que tout le monde se pose ces jours est : “Qui appelle-t-on quand la police tue ?” (who do you call when the police murders ?). Personne n’a de réponse.

Le jour de cet événement choquant, nous avons lu les nouvelles et malheureusement la première n’était pas bonne. Un jeune de notre âge avait quitté sa maison pour ne jamais y revenir, et ce non pas à cause d’un accident ou d’un événement prévisible qui conduirait à une fin tragique, mais parce qu’il a été tué par une personne qui a la responsabilité légale et peut-être morale de le protéger lui ainsi que chacun d’entre nous. Alors que la capitale albanaise dormait paisiblement, ce jeune homme a rendu son dernier souffle, sans aucun désir de sa part et sans aucun motif.

Nous ne ressentons pas uniquement de la douleur pour la victime et sa famille, mais aussi de la peur en pensant qu’un tel événement puisse arriver à nos proches et de la colère envers ce système en ruine. Cependant, il n’est pas nécessaire de s’étendre sur pourquoi ce meurtre est injuste et effrayant, car nous pensons tous partager la même approche : chacun de nous ressent une douleur profonde et nous conviendrons tous qu’à travers cet acte, la structure de la police et l’un des principaux objectifs d’un État démocratique, ont échoué.

Ce qu’il reste à la société, c’est de parler du présent et de changer l’avenir. L’un des moyens pour changer l’avenir est de protester comme l’ont ainsi fait nos parents lorsqu’ils ont renversé le régime communiste, comme nous l’avons fait lorsque nous avons exigé de meilleures conditions dans l’éducation ou lorsque nous avons exigé que les voix des femmes et des filles soient entendues. Oui, chacun de nous doit protester car c’est un droit et un devoir civique !

Toutefois, nous osons dire ici que l’auteur de ce meurtre n’est ni le premier ni le dernier. Nous osons même dire que nous sommes tous conscients que nous avons contribué à la déchéance de ce système policier. Nous savons qu’il est clair pour chacun d’entre nous que non seulement dans les rues de Tirana mais dans tout le pays, des événements similaires se produisent sans cesse, comme le fait de graisser la patte à un agent de police parce qu’il a accepté de ne pas vous infliger une amende ou encore lorsqu’il suffit de passer un coup de fil pour s’affranchir des éventuelles conséquences d’une infraction à la loi. Nous savons tous que la violence policière existe dans les prisons et dans les rues de nos villes. Les Albanais ont grandi dans ces conditions, sont restés silencieux et se sont camouflés dans ce système défaillant. Et soudain, nous voilà en 2020, confrontés à ce système si puissant dont nous avons perdu le contrôle. Système que nous avons, tout un chacun, activement mené à sa perte et ceci en prenant le risque inconsidéré de perdre des vies innocentes.

En tant que citoyen, nous sommes tous responsables de l’état dans lequel se trouve le système policier. Nous avons bien trop longtemps toléré sa défaillance. Défaillance dont nous sommes coupables par ces petits gestes qui semblaient si anodins. Mais désormais, il nous faut assumer notre part de responsabilité et demander à ce que la police soit au service du peuple et non pas au service des partis politiques albanais. Nous exigeons ainsi une réforme de la police ainsi que toute autre réforme dont le peuple a besoin, et tout ceci sans nuire à l’État, à la démocratie et surtout sans se nuire les uns les autres.

Nos pensées vont à la victime qui a perdu la vie, à sa famille et à tout autre citoyen qui a été victime de violence policière. Pour conclure, notre association réclame justice pour Klodian et exige que personne d’autre n’ait à subir son destin.

Concernant la question : “Qui appelle-t-on quand la police tue ?”, il n’y a pas de réponse car lorsque la police tue, il est déjà trop tard, le système est en ruine. Pour cette raison, notre société doit tout mettre en œuvre pour qu’à l’avenir, aucun policier ne puisse tuer un innocent.

Klodian Rasha.

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