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Notre action symbolique au consulat du Kosovo a été dans l’ensemble soutenue par la communauté albanaise à Genève, mais aussi au Kosovo et dans d’autres pays en Europe et aux États-Unis. Nous tenons, par ailleurs, à remercier toutes ces personnes qui continuent à nous soutenir et à nous encourager dans notre cause pour la démocratie au Kosovo.

Nous sommes conscients que notre méthode d’action peut susciter le débat au sein de la communauté albanaise. Bien que nous soyons jeunes, nous mesurons et assumons les conséquences de nos actes. En cela, nous croyons que la communauté albanaise devra s’habituer à nos méthodes. Car nous ne comptons pas nous arrêter tant qu’il s’agira de défendre l’état de droit et la démocratie au Kosovo et en Albanie, et à défendre les Albanais qui subissent des discriminations, notamment en Macédoine du Nord, en Serbie et au Monténégro.  

Toutefois dans ce texte, nous souhaitons déconstruire un discours que certains de nos aînés tiennent à notre égard. Pour cela, il nous faut commencer par Monsieur le consul. Le lendemain de notre action, ce dernier a écrit un SMS à un de nos membres pour lui dire qu’il avait honte d’avouer que ce soit les étudiants qui aient organisé cette action et qu’il préférait répondre que c’était peut-être des Serbes. Pourtant, ce n’est pas un Serbe que la police diplomatique a appelé lundi après-midi, mais bel et bien un autre étudiant albanais de notre association. Par cet ingénieux glissement rhétorique, Monsieur le consul nous positionne comme des personnes contestant l’existence même de l’État du Kosovo. Cette rhétorique est malheureusement trop souvent employée par ceux qui défendent aujourd’hui le pouvoir en place. En réalité, il y a une similitude de cette rhétorique initiée par l’establishment serbe dans les années 80 qui considérait les étudiants albanais comme étant endoctrinés par les préceptes marxistes-léninistes de l’Albanie voisine. Il est, par ailleurs, impératif que la communauté albanaise puisse se débarrasser de cette narrative issue des heures sombres de notre histoire. Cette méthode bien connue dont a fait preuve Monsieur le consul vise à nous intimider, à nous décrédibiliser et surtout à étouffer tout mouvement démocratique dans notre pays. Il peut paraître étonnant, voire même paradoxal que celui-ci soit si fermement opposé à nos actions sachant qu’il a lui-même été un fervent défenseur de la démocratie lors de ses années estudiantines. Toutefois, nous sommes conscients que le régime contre lequel il s’opposait n’est pas le même que celui d’aujourd’hui. Mais les fondements de nos revendications convergent vers les mêmes idéaux démocratiques. Enfin, Il est important pour nous de rappeler une fois de plus que notre action ne visait en aucun cas les employés du consulat ni Monsieur le consul.

Certains commentaires nous identifient comme étant des voyous. Cependant nous ne voyons aucun inconvénient à être traité de la sorte. Le voyou agit dans la rue, dans l’espace public, à la vue de tous, contrairement à la classe politique du Kosovo qui agit à l’abri des regards, dans les oda et dans les restaurants tard le soir, comme nous avons pu le constater avec le député Haxhi Shala. Nous ne craignons pas l’espace public, car c’est dans l’agora, dans l’échange avec autrui que la démocratie se réalise. Nous n’avons pas peur du « qu’en dira-t-on » et nous ne nous soumettrons pas au diktat qui nous ordonne de nous taire et nous empêche d’agir. Les invectives auxquelles nous faisons face ne nous atteignent aucunement, en effet, il s’agit pour nous de vulgaires chuchotements, de sifflements et de gazouillements. Ceux-ci nous rappellent d’ailleurs le film « Katërmbëdhjetë vjeç dhëndër » (Përrallë nga e kaluara), dans lequel, les protagonistes entendent souvent des murmures qu’ils identifient comme étant « le monde ». « Que va dire le monde ? » ne cessent-ils de répéter. Ce monde hostile qui les juge et les contraint à conserver l’honneur de la famille aux dépens du personnage principal de Marigona qui cherche, elle, à se libérer d’un mariage forcé dont elle est victime. Que va dire le monde suite à notre action au consulat ? Que va dire le monde face à des étudiants qui ne s’inclinent pas ? « Qu’il aille au diable ce monde ! », car notre jeunesse est composée de personnes possédant leurs propres opinions, leurs propres idéaux et leur liberté de penser.

Nous souhaitons répondre à ce « monde » avec ces vers du poème « Kënga e rinisë » de Migjeni.

« Rini, thueja kangës ma të bukur që di !
Thueja kangës sate që të vlon në gji.
Nxirre gëzimin tand’ të shpërthejë me vrull…
Mos e freno kangën ! Le të marri udhë.
[…]
Thueja kangës, Rini ! Thueja kangës gëzimplote !
Qeshu, rini ! Qeshu! Bota asht e jote »

« Jeunesse, chante la plus belle des chansons que tu connaisses !
Chante cette chanson qui bouillonne en toi,
Extirpe ta joie en virulents éclats,
Laisse errer ta voix, qu’elle suive sa voie,
[…]
Lance ta chanson, débordante de joie

Jubile jeunesse, jubile, le Monde t’appartient ! »

 

Cet hymne à la jeunesse de Migjeni correspond totalement à l’état d’esprit de notre association. Nous comptons bien continuer à chanter notre chanson comme nous le suggère le poème. Une chanson que nous allons chantonner de plus en plus fort car nous sommes tous des Marigona et des Migjenë, nous sommes de jeunes albanaises et albanais et nous comptons faire entendre notre voix ! Et que va dire le monde ? Nous nous en fichons, car le Monde nous appartient !

L’AEAG.

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