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Chers étudiantes et étudiants, chers citoyennes et citoyens de la République du Kosovo et cher·e·s ami·e·s ici présent·e·s.

Alors que le monde vit une période de grave crise sanitaire. Les habitants du Kosovo doivent également se confronter à une grave crise politique. Ce crise a démarré après l’éclatement de la coalition gouvernementale le 25 mars 2020. La question qui s’est ensuite posé a été : Faut-il former un nouveau gouvernement sans passer par des élections ou proclamer de nouvelles élections législatives ?

La Cour Constitutionnelle a rendu son verdict le soir du 28 mai 2020, se prononçant en faveur de la formation d’un nouveau gouvernement sans le vainqueur des dernières élections.

Nous souhaitons ici rappeler que la Cour Constitutionnelle est garante de l’état de droit et démocratique au Kosovo. Cependant, notre association pense que la décision de la Cour Constitutionnelle est un acte anti-démocratique. Dans un pays qui souffre d’instabilité politique, nous pensons que les élections sont la seule issue possible pour sortir le Kosovo de la crise actuelle.

Nous estimons également que la décision de la Cour Constitutionnelle est acte sans précédent pour la démocratie au Kosovo. Cette décision est ainsi susceptible d’entraîner à l’avenir toutes reconfigurations possibles des alliances politiques et dévalorise en conséquence le principe même des élections. Cette décision est une totale aberration dans un système parlementaire proportionnel.

Nous rappelons également que la Cour Constitutionnelle doit être impartiale et indépendante. Notre association met en doute ces principes auxquels elle doit se soumettre et respecter.

À ce titre, il nous faut mentionner la nomination de Radomir Laban aujourd’hui juge au sein de cette Cour. Le Juge Laban a été condamné à 6 ans de prison en Serbie pour des affaires de corruption. Libéré en conditionnelle après 3 ans, il s’est réfugié au Kosovo et a été nommé juge à la Cour Constitutionnelle en 2018. Il demeure aujourd’hui toujours recherché par les autorités de Belgrade et par INTERPOL.

Il nous faut également mentionner le juge Safet Hoxha, qui, selon l’enquête de l’ONG Balkan Investigate Reporting Network a été impliqué dans des accords secrets d’échanges territoriaux avec la Serbie et a aussi été nommé Juge à Cour Constitutionnelle en 2018.

L’article 114 de la Constitution indique par ailleurs que les juges de la Cour Constitutionnelle seront des juges éminents et des personnes de haute moralité.

A ce titre, nous pensons que la Cour ne jouit d’aucune crédibilité morale.

Il n’est pas question ici de bonnes ou de mauvaises interprétations de la Constitution du Kosovo. Il est question ici de démocratie et de la légitimité de la Cour Constitutionnelle qui par cette décision affiche son caractère partisan. Notre association ne peut pas rester indifférente face à cette décision qui menace le concept même de démocratie. Nous estimons que cette décision a mis fin à l’ordre constitutionnel au Kosovo et d’une certaine manière, nous pensons que la Cour a tué l’ordre constitutionnel au Kosovo.

C’est donc avec une immense peine que nous vous annonçons aujourd’hui le décès de l’ordre constitutionnel au Kosovo. Nous vous invitons toutes et tous à déposer une fleur devant la porte du Consulat de Genève pour lui rendre un dernier hommage et lui présenter nos sincères condoléances. Ngushllime !

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